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PAR | Laurent Gahnassia

Schocking !

Les mondes surréalistes

d’Elsa Schiaparelli

Les couleurs des songes
Alice au pays des Merveilles ? Commedia dell’arte ? Au théâtre ce soir ? Palais Royal ?… Impressionnants, les échos qui vous reviennent à l’instant où vous pénétrez sous un ciel étoilé, au cœur de l’exposition ‘’Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli’’. Une mise en scène qui fait autant appel à l’imaginaire qu’aux souvenirs de l’enfance, à la mémoire collective comme aux délices de la redécouverte d’une artiste brillante et novatrice, audacieuse et follement créative. ‘’Provocatrice’’ disait-on à l’époque, surtout entre 1930 et 1950, deux décennies où la créatrice de mode exprime avec fougue, couleurs et impétuosité, tout ce que le courant surréaliste autorise. Les artistes d’alors ne s’y trompent guère qui sont nombreux à la côtoyer et à la chérir : Jean Cocteau, Salvador Dali, Man Ray, Ela Triolet, Meret Oppenheim ou d’autres issus de l’avant-garde parisienne.

 

Elsa Schiaparelli voit le jour à Rome, en 1890. Elle grandit dans un cercle privilégié et particulièrement cultivé, au sein d’une famille d’aristocrates et d’intellectuels. Son rêve ? Devenir actrice mais elle se résigne à étudier la philosophie. Agée de vingt et un ans, elle publie un recueil de poèmes sensuels, Arethusa. Ses parents ne l’entendent pas de cette oreille et l’envoient dans un couvent suisse d’où elle sera libérée suite à une grève de la faim ! De Londres à Paris, de Nice à New-York, Elsa mènera dès lors une vie nourrie de rencontres et de rêves, de création et d’imaginaire qui inspirent jusqu’à aujourd’hui, le monde de la mode, du théâtre, du graphisme et de la haute-couture.

Jean Clément — Collier, 1938 Métal doré monté sur tissu Musée des Arts décoratifs

Leonor Fini et Fernand Guéry-Colas — Flacon de parfum Shocking, 1937 Cristal et verre

Elsa Schiaparelli — Manteau du soir Hiver 1938-1939 Laine, soie et porcelaine Musée des Arts décoratifs

En un quart de siècle, Elsa Schiaparelli a fait de la mode ‘’une respiration naturelle de l’avant-garde’’ ; elle reste l’une des icônes d’un Paris libre et foisonnant, excentrique et ludique… Après sa faillite (1954) elle s’exilera aux États-Unis jusqu’à sa mort. Sa maison restera alors, en sommeil pendant 60 ans. Et c’est au créateur américain Daniel Roseberry, nommé en 2019 à la direction artistique que l’on doit cette nouvelle mise en lumières et en couleurs…
Deux décennies après la rétrospective consacrée à l’artiste italienne, le Musée des Arts Décoratifs propose, à travers cette exposition, un nouvel hommage à son œuvre afin de faire redécouvrir au public sa fantaisie novatrice, son goût du spectacle et sa modernité artistique. A cette occasion ont été rassemblés 520 œuvres dont 272 costumes et accessoires de mode, peintures, sculptures, bijoux, flacons de parfum, céramiques, affiches, et photographies signées des plus grands noms de l’époque.
Cette nouvelle rétrospective, hypnotique et fascinante (merveilleuses broderies !) aborde ainsi l’héritage du style Schiaparelli avec des esquives réalisées par d’illustres couturiers en guise d’hommage : Yves Saint-Laurent, Azzedine Alaïa, John Galliano, Christian Lacroix. Une transmission de choix ! Jusqu’à un tout jeune et talentueux créateur qu’elle engagea avant sa mort : un certain Hubert de Givenchy.
La Maison Schiaparelli a toujours tenu à transmettre l’esprit et à garder la lumière de son héritage atypique. ‘’Shocking, les Mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli’’ revient avec gourmandise et respect, passion et admiration, partage et hommage sur le parcours épique de cette artiste unique.

Musée des Arts Décoratifs (jusqu’au 22 janvier 2023)
107, rue de Rivoli, Paris 1er
www.madparis.fr