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Lior

Raz

De Fauda à Gladiator

PROPOS RECUEILLIS PAR | DAMIEN CAPARROS

© Yoshi Powershot

Créateur et comédien principal de la série Fauda, Lior Raz, alias Doron, le nom de son personnage, est l’acteur israélien le plus connu de sa génération. Il présidait le jury du Festival de Cannes Séries cette année. En 2024, il tournera sous les ordres de Ridley Scott dans Gladiator 2 et mène de front de nombreux projets. En attendant, et de retour à Tel Aviv, il a pris quelques minutes pour répondre aux questions d’Édition Limitée, dans les bureaux de sa société de production, Faraway Road. 

Fauda a été lancée en 2015 et a immédiatement été un succès. En 2017, le show a été nommée Meilleure Série Internationale par le New York Times. Quel est le plus important pour vous ? L’avis du public ou les récompenses ?
Pour moi, entendre quelqu’un dans les rues de Mexico me dire qu’il aime le show et que cela a changé son point de vue et sa perspective sur quelque chose dans la vie est très important. Bien plus que tout le reste. Les récompenses, cela ne m’intéresse pas beaucoup. Quand vous en recevez cela signifie que l’industrie aime ce que vous faites. Mais en premier lieu, nous le faisons pour nous-mêmes, puis pour le public. 

Comment expliquez-vous ce succès planétaire ? C’est une série assez violente avec une thématique qu’il n’était pas évidente à mettre en scène. Et c’était aussi la première fois qu’une série de ce type était produite…
Pour moi, cela a été une énorme surprise et à chaque fois que j’entends les critiques, partout dans le monde, je suis à la fois surpris et humble. Il n’y a pas de règles pour réaliser une série qui marche. Je pense que les gens l’aiment car, d’abord, nous ne jugeons personne dans la série. Cela parle de gens vivant dans une zone de guerre. Ces histoires sont basées sur des histoires vraies. Pour nous, montrer comment cela se passe dans la réalité et apporter cette vérité aux yeux du monde est ce qui fait en partie la magie de la série. Chacun peut se retrouver dans les points de vue et l’histoire.  

Est-ce que Doron est comme vous étiez lorsque vous faisiez partie de l’unité Duvdevan ?
Non. Doron est un fou. Je n’étais pas aussi fou que lui et, par ailleurs, c’est une série TV, donc nous forçons beaucoup le trait. On ne rencontre pas de gens comme lui dans la vie. On voit des éléments de comportements de ce type de personne et je vois beaucoup de choses qui nous rapprochent lui et moi. Mais il sacrifie tout. Je ne pourrais jamais tout sacrifier pour prouver que j’ai raison. Je ne sacrifierais pas ma famille et mes amis.

© Yoshi Powershot

Doron est un fou. Je n'étais pas aussi fou que lui et par ailleurs, c'est une série TV, donc nous forçons beaucoup le trait.

© Yoshi Powershot

Avez-vous eu besoin d’autorisations pour tourner ? 
Non. Nous avons fait ce que nous voulions. Il n’y a pas de censure. Tout vient de notre imagination. Et c’était notre unité, nous avons servi dans ce type de formation militaire donc nous n’avons rien montré qui n’aurait pas dû l’être.

Pouvez-vous nous raconter la scène la plus difficile à tourner dans Fauda ? 
Il y en a tellement ! Celle qui m’a le plus marqué, c’est quand mon ami Avihai meurt, cela a été très dur pour moi. J’étais devant sa tombe à lui parler et d’un coup, je me suis mis à pleurer et je n’ai pas pu m’arrêter pendant deux heures. Nous avons arrêté de tourner et tout le monde a quitté le plateau.

Est-ce qu’à ce moment particulier, vous avez, d’une certaine manière, ouvert les vannes ? 
Oui, je pense. Dans cette scène, je n’essayais pas d’être quelqu’un d’autre mais moi-même car j’ai vécu ce type de situations. Il y a quelque temps, un ami m’a envoyé une photo de moi à l’armée, prise lors de l’enterrement de ma petite-amie. Nous savons ce que c’est. J’étais là et je me suis rappelé de ce moment et j’ai tout simplement lâché prise, oui. 

Était-ce difficile de tourner Fauda dans le désert ?
C’était très dur. Nous étions tous sous le soleil, nous devions nous battre, il y avait beaucoup d’action. Physiquement, c’était très compliqué. 

Combien de temps faut-il pour tourner une saison entière ?
Trois à quatre mois. 

J'adore la France et j'adore Paris et la culture. Quand nous aurons un autre projet à Paris, j'emmènerai ma famille pendant quelques mois pour être là avec moi.

© Yoshi Powershot

Il y a deux séries israéliennes célèbres, Hatufim (Prisonniers de guerre) et Kfulim (False Flag), qui ont été rebootées aux États-Unis, devenant Homeland et Suspicion. Pensez-vous que Fauda pourrait être ré-interprétée dans un autre pays ? 
Nous venons de lancer la deuxième saison en Inde. Cela se déroule au Kashmir, entre les Hindus et les Pakistanais. C’est une série très populaire là-bas. Donc oui, c’est possible mais ce qui est positif, c’est que nous n’ayons pas eu besoin de faire de remake pour avoir du succès à l’étranger. Nous l’avons vendue telle qu’elle est. C’est mieux que de devoir la modifier. 

À 23 ans, après l’armée, vous découvrez Hollywood et l’une des plus grandes stars de l’histoire des films d’action, le légendaire Arnold Schwarzenegger et devenez son garde du corps. Pouvez-vous nous raconter cette anecdote ? 
J’avais fini l’armée et je vivais à Los Angeles. Je cherchais du travail et je suis entré en contact avec une agence de sécurité. Comme j’avais été dans les Forces Spéciales, ils m’ont demandé de m’occuper de la sécurité de la maison et de la famille d’Arnold Schwarzenegger. Cela n’a duré que quelques mois. 

Comment vivez-vous la célébrité ? Y a-t-il eu un avant et un après Fauda ? En France et en Israël ? 
Le bon côté quand vous êtes connu, c’est que tout le monde aime ce que vous faites, vous êtes célèbre, les portes sont ouvertes, vous pouvez faire beaucoup de choses. Mais il y a aussi l’autre côté. Vous n’avez plus de vie privée. Tout ce que vous faites peut être mal interprété. J’essaie de garder ma famille loin des projecteurs, mais ce n’est pas facile. Cela m’est arrivé alors que j’avais quarante ans. Si j’avais été plus jeune, je serais probablement devenu fou. Je ne vis pas la vie d’une célébrité. Parfois, c’est le cas, mais j’essaie de rester simple et humble. 

Comment avez-vous rencontré Laura Smet ?
À Paris. Nous sommes devenus amis et quand nous avons eu un rôle en Belgique dans la série, j’ai immédiatement pensé à elle pour intégrer l’équipe. J’ai l’ai vue dans plusieurs autres rôles et j’aime sa manière de jouer. C’est une actrice incroyable. Mais dans Fauda, nous avons aussi eu Laëtitia Eïdo, qui est aussi Française, et je suis très ami avec Mélanie Laurent, avec qui j’ai joué dans deux films, Six Underground et Opération Finale. Je travaille beaucoup avec les interprètes français.

Qui est la prochaine actrice française dans Fauda ? 
Vous (rires). Non, je ne sais pas.  

Une nouvelle saison est-elle prévue ? 
Nous le souhaitons vivement. Peut-être que oui, peut-être que non. On ne sait jamais.

Le Cannes Séries Festival vous a choisi comme président du jury. Avez-vous été surpris ? 

J’ai été surpris et honoré, oui, car je ne pensais pas qu’ils me choisiraient. Mais ils me l’ont demandé et j’ai été honoré de le faire. Cela a été une expérience extraordinaire. J’ai eu l’immense privilège de travailler avec les autres juges, de France et d’ailleurs. J’ai rencontré des gens merveilleux là-bas. 

J'ai beaucoup de projets, avec notamment Gladiator 2, sous la direction de Ridley Scott avec Paul Mescal et Denzel Washington. Je suis très fier de faire partie du casting.

Est-ce compliqué, en tant qu’auteur, d’être jury d’un festival comme celui-là ? Est-ce que parfois, vous vous dites : « pourquoi n’y ai-je pas pensé ? »
Non, je ne pense jamais comme cela. Si je vois quelque chose qui me plaît, je l’admire et l’apprécie, mais je ne suis jamais jaloux. C’était surtout l’occasion d’apprendre. J’ai beaucoup appris sur la manière d’écrire dans les séries et j’ai aussi beaucoup appris des autres membres du jury. Vous savez, on pense tout savoir mais non, on ne sait pas tout. Les autres savaient parfois mieux que moi et ils ont changé mon point de vue sur différentes choses. Au final, c’était une expérience très enrichissante de travailler avec les autres jurés. 

Avec quel réalisateur français aimeriez-vous tourner ? 
Luc Besson, et j’adorerais jouer, avec Jean Reno. J’aimerais vraiment travailler avec eux. J’ai vu Le Grand Bleu et j’ai parlé avec Luc. Pas beaucoup, juste une entrevue, mais ce serait bien de faire quelque chose avec lui.

Avez-vous des projets en France ?
Pas pour le moment, mais nous écrivons quelque chose sur les Français en Europe. 

Il y a quelques semaines, à Paris, vous disiez que vous adorez cette ville. Pourriez-vous y vivre ? 
Ma femme veut y vivre, c’est certain. J’aimerais beaucoup le faire, et découvrir la France évidemment. J’adore la France et j’adore Paris et la culture. Mais il faudrait que je fasse quelque chose là-bas, pas simplement y vivre. Quand nous aurons un autre projet à Paris, j’emmènerai ma famille pendant quelques mois, pour être là avec moi. 

Quel est votre prochain grand projet ? 
Il y a une série pour Showtime intitulée Les Fantômes de Beyrouth. C’est une série en quatre épisodes que nous avons créée et produite. Nous écrivons un nouveau film et nous avons quatre ou cinq projets en production, en écriture ou en développement, pour Netflix, pour Apple. J’ai beaucoup de projets. Et il y a le tournage de Gladiator 2 que je vais faire très prochainement. C’est très excitant. Ce sera cet été, sous la direction de Ridley Scott, avec Paul Mescal, Denzell Washington. Je suis très fier de faire partie du casting.

 Pourquoi ne parlez-vous jamais français ? 
Parce que je ne suis pas à l’aise en français. Je comprends une partie, pas tout, car j’entends ma femme. Elle parlait en français aux enfants. Et ses parents aussi, parlent français à la maison. 

Quel est votre mot français favori ? 
Je t’aime.